POPULISME À L’UKRAINIENNE

par Philippe de LARA

L’Ukraine va élire son 6ème président depuis son indépendance en 1991. Les deux tours de l’élection auront lieu le 31 mars et le 21avril. Petro Poroshenko, élu à la suite de la révolution de l’Euromaidan, brigue un second mandat. Il y a 39 candidats (deux fois plus qu’en 2014). Le résultat est très ouvert à 8 jours du premier tour. Le fait principal de cette élection est la percée de l’acteur réalisateur et producteur, Volodymyr Zelenskyi, 41 ans. Il s’est déclaré fin 2018 et caracole depuis dans les sondages. Sa popularité tient notamment au rôle de président qu’il tient dans une série à succès, Serviteur du peuple(bientôt sur Netflix). Son personnage est un homme nouveau indépendant des partis, bon et courageux. C’est une sorte de Coluche en version bisounours : pour la paix et contre la guerre, pour la justice, contre la pauvreté et pour la prospérité, etc. Il a dépassé en un mois la candidate partie en tête, Iulia Timoshenko (21% en septembre 2018) et frôle aujourd’hui les 25%, malgré la remontée de Poroshenko (de 8 à 20%) et le tassement de Tymoshenko autour de 13%.[1]Il profite du rejet massif de Poroshenko et de tous les politiciens professionnels. Sa popularité est particulièrement spectaculaire dans la jeunesse et ses liens avec l’oligarque Ihor Kolomoïski ne semble pas affecté son image de chevalier blanc indépendant. Tout est possible. Pour certains, la victoire de Poroshenko est inévitable bien qu’elle ne suscite guère d’enthousiasme, parce que c’est le seul candidat « sérieux » : l’homme de la stabilité, de la poursuite de la résistance à Russie et du choix européen de l’Ukraine. Mais il est rejeté pour la baisse du niveau de vie, sa compromission dans le jeu des oligarques et la corruption qu’il entraîne, la lenteur des réformes. Bien que presque tous les candidats soient pour l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et son adhésion à l’UE dès que possible. Pour un beaucoup d’Ukrainiens le choix réel est Poroshenko ou Poutine. Le président russe leur a donné raison en déclarant qu’un compromis était possible avec tous les candidats sauf Poroshenko. Mais d’autres, qu’ils soient résignés ou confiant dans les capacités de Zelensky, pensent que Poroshenko ne peut gagner et qu’il faut se préparer à une victoire de Zelensky, probablement avec un ticket Zelensky-Tymoshenko. Poroshenko pourrait pâtir du choix de certains de ses électeurs de s’abstenir au premier tour et de voter utile au second, car il pourrait être alors éliminé au profit de Tymoshenko.


Bien qu’encore au milieu du gué de la sortie de la domination soviétique et de la construction d’une démocratie européenne, l’Ukraine a déjà bien des traits de la crise de la démocratie dans les vieilles démocraties de l’ouest du continent : incertitude maximale des élections à venir[2], déclin des partis de gouvernement et affaiblissement de leurs candidats, rejet des élites, ascension fulgurante d’un candidat populiste, plus sympathique qu’un Grillo ou une Le Pen, mais guère moins inquiétant. L’article d’Adrian Karatnycky, directeur pour l’Ukraine de l’Atlantic Council et la réfutation de Bohdan Nahaylo, écrivain et journaliste, tous deux parus dans Politico, ont le mérite d’analyser les données de la situation, les enjeux de l’élection, et de donner les meilleurs arguments en faveur des deux scénarios.

https://www.politico.eu/article/why-the-west-loves-ukraine-petro-poroshenko-again-presidential-election/

https://www.politico.eu/article/poroshenko-isnt-the-wests-last-hope-for-ukraine/


[1]Les résultats des derniers sondages varient selon le mode de prise en compte des indécis et des abstentionnistes, mais dans tous les cas Zelensky domine nettement les deux candidats « principaux ». Parmi les électeurs sûrs de leur choix, il atteint même 29,6% (Poroshenko étant à 19,2% et Tymoshenko à 13,8%.

[2]En plus de l’élection du Parlement Européen, il y aura 14 scrutins nationaux en Europe en 2019.

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